Gravé dans la pierre

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Nombreux sont les inscriptions, graffitis, marques qui ornent les bâtiments, monuments ou modestes édicules de la commune. Comme pour une chasse au trésor, on peut s’amuser à les répertorier : ces traces sont les simples témoignages, plus ou moins importants, d’une intervention sur notre paysage quotidien, et sont destinées à la rappeler aux générations futures même s’ils ne sont pas toujours très visibles.

Êtes -vous passé un jour sous la tribune de la chapelle des pénitents ? Et avez-vous levé la tête vers le pilier ? On y distingue clairement une date : 1658, dessinée en caractères typiques du milieu du XVIIe siècle. De quoi s’agit-il ? Quelques recherches aux Archives départementales d’Avignon nous apportent des éclaircissements.

1654 : érection de la confrérie des pénitents blancs

Le 18 janvier, une poignée de mollanais se sont assemblés sous la houlette des seigneurs locaux Charles de Simiane et René de Baron : ils ont pour objectif d’ériger une confrérie de pénitents blancs et sollicitent donc l’autorisation officielle de leur hiérarchie ecclésiastique. En particulier ils se proposent de s’établir à la tribune de l’église Notre-Dame de la Lauze nouvellement construite, l’ancienne ayant été détruite par les réformés au début des guerres de religion) :

« Supplient humblement et remonstrent noble et illustre seigneur messire Charles de Simiane, sieur d’Esparron, sieur de Moulans et autres places et messire René de Baron, sieur de Valouse, aussi seigneur en partie dudit lieu joincts les sieurs chastellains et consuls et plusieurs habitans de mesme lieu iceulx meus de dévotion envers le culte de Dieu et de la Saincte Vierge Marie sa mère, ils seroint en volonté de dresser une confrérie de pénitens blancs sive portant l’habit blanc à l’honneur et soubs le tiltre de Notre Dame de Piété et parce qu’ils se pourroint présentement dresser une chapelle pour l’exercice de ladite confrérie sperant avec l’ayde de Dieu d’icelle faire faire bastir et construire honorablement avec l(…) et assistance des dévotions des fidèles ayant dévotion à ladite confrérie… »
« Ce considéré plaira à vous, Monseigneur, vouloir octroiyer et concéder permission et pouvoir d’ériger ladite confrérie et ensuitte de faire bastir et construire la chapelle de ladite confrérie honeste (…) à faire l’office et exercices de ladite confrérie et d’establir les statuts sur icelle, et cependant qu’il sera permis aux confrères qui s’enroleront lesquels sont déjà en nombre de trente-cinq à quarante de faire leur prière et office dans l’église parrochielle dudit Moulans en la tribune d’icelle sans que avoir intentions de troubler en aulcune façon l’office de la paroisse et (…) seulement faire cognoistre le zelle et dévotion pour icelle pour (sevir) jusqu’à la confirmation de ceste délibération et lesdits sieurs prieront Dieu pour la prospérité longue et honeste de votre dite seigneurie illustrissime. »

L’utilisation de la tribune de l’église se révélera insuffisante car le nombre de pénitents s’agrégeant va croître rapidement. La construction de la chapelle va suivre quelques années plus tard.

1658 : construction de la chapelle

Quand ? En 1658 évidemment ! C’est donc certainement une inscription rappelant cette construction qui a été intégrée dans le bâti lorsque la tribune a été construite en 1743. On peut penser qu’elle avait été placée initialement dans la façade et déplacée lors des travaux d’agrandissement : les pénitents étaient alors plus de 220 !

La chapelle des pénitents

La confrérie des pénitents blancs, placée sous le titre de Notre-Dame de Pitié, est fondée en 1654 à l’initiative du seigneur et des bourgeois de Mollans. Dans un premier temps, les pénitents s’installent à la tribune de l’église Notre-Dame de la Lauze, alors située sur le parvis de l’église actuelle. Dès 1658, ils font construire leur propre chapelle à proximité immédiate.

Le nombre de membres augmente rapidement, dépassant les 200 confrères. En 1743, la chapelle est agrandie par l’ajout d’une tribune donnant sur la rue, ornée d’une élégante rampe en fer forgé, de panneaux et de moulures en plâtre. Elle est aménagée de 34 casiers destinés à conserver les livres d’heures et les vêtements des pénitents. La nef est lambrissée et dotée d’un retable. Le clocher est surélevé en 1863.

Quatre caveaux sont creusés dans le rocher afin d’accueillir les dépouilles des pénitents défunts. Ils existent encore aujourd’hui.
La Révolution entraîne, en 1792, la suppression de toutes les confréries. Le mobilier est alors transféré dans l’église nouvellement construite, et la chapelle est transformée en salle de réunion. En 1804, rachetée par onze confrères, elle retrouve sa vocation d’origine.

Au XIXe siècle, les pénitents financent l’installation d’un nouveau retable, ainsi que de deux statues et d’un tableau représentant Notre-Dame de Pitié, aujourd’hui conservées dans l’église.

À partir de 1875, le nombre de pénitents décline progressivement jusqu’à leur disparition. La chapelle est alors abandonnée. Dans les années 1950, le curé entreprend des transformations : la rampe est vendue, la tribune est coupée en deux et un plancher est installé, réduisant de moitié le volume intérieur pour créer une salle paroissiale. Ces aménagements restent sans lendemain, et le bâtiment retombe à l’abandon : le plafond et la toiture s’effondrent, tandis que le mur du fond s’affaisse.

En 1987, à l’initiative de l’association des Amis de Mollans, la chapelle est restaurée dans son état actuel et devient une salle d’exposition.

Nota : Au-dessus de la porte d’entrée du XVIIe siècle, on peut encore observer des traces d’argile blanchâtre surmontées de traînées de fumée. Elles constituent les ultimes témoins d’une ancienne tradition : lors de la fête de Dieu, les habitants décoraient les façades du village avec des luminions fabriqués à partir de coquilles d’escargots remplies d’huile d’olive.

Notre République mérite un lifting !

Détail architecture de mollans
En 2004
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En 2025

Je ne parle pas de notre République nationale. Quoique…
Si l’on remonte quelques années en arrière, la statue de la République qui trône depuis 1885 sur la fontaine de la place Banche de cour, mériterait un petit gommage de peau. En 2004, elle présentait un visage relativement lisse, quoique marqué par 120 ans de pollution. Aujourd’hui on la dirait lépreuse… Les années et la négligence lui ont donné cette allure peu engageante.
Il doit, à en croire une recherche sur Internet, y avoir des solutions peu onéreuses pour lui redonner l’apparence de sa jeunesse.

Pas de trace pour l’instant dans les archives de cette acquisition républicaine sous le mandat du maire Louis Saint-Donat (un « mien cousin »…), ni de son auteur. À l’origine, le projet établi lorsque Henri Honoré Roux était maire, ne comportait qu’une simple boule.

L’enquête est en cours.