Les cocos… encore !

En 2004, dans Mémoire d’Ouvèze nous avions publié un premier article sur les cocos.
Quelques années plus tard, en 2013, la Revue Drômoise nous avait sollicité pour un dossier sur les légumes de la Drôme, et bien sûr les cocos de Mollans y avaient une place privilégiée.
C’est ce dernier article, plus technique, accompagné d’une photo de Jacques Tison, que nous vous soumettons ci-dessous. 

LES COCOS DE MOLLANS
Jean-François Colonat

Les haricots, comme la tomate, la pomme de terre, le poivron et bien d’autres légumes, viennent des Amériques. Sous le genre Phaseolus, les botanistes ne dénombrent pas moins de 80 espèces, dont le phaseolus vulgaris, le haricot commun. De toutes tailles, de couleurs variées, du blanc au noir en passant par le rouge, ils sont récoltés en filets ou en grains et commercialisés frais, surgelés, en conserve ou secs. Ces « fayots », souvent décriés voire moqués dans les cantines scolaires ou militaires, retrouvent depuis que la diététique s’en mêle, une place de choix dans l’alimentation faisant oublier les quelques inconvénients que lui confère la présence d’amidons responsables des flatulences caractéristiques. Paradoxalement certaines publications récentes mentionnent une action préventive et curative du haricot dans les cancer du… colon 2 et une contribution par certains de ses composants au traitement de l’obésité et des diabètes 3.

Aujourd’hui, une célébrité médiatique, bien et légitimement organisée, porte au pinacle les cocos de Paimpol qui bénéficient d’une AOC depuis 1998. Mais non moins célèbres sont les cocos de Mollans, en témoignent certaines recettes de grands chefs tri-étoilés comme Alain Ducasse (vu sur Internet : Limousin lamb, haricot de mouton stew-style with “Cocos de Mollans” white beans) ou, dans notre Drôme, Anne Sophie Pic, qui dans un commentaire lu sur le site Elle.fr déclare : « J’aime la délicatesse des cocos, en particulier ceux de Mollans. J’ai eu envie de leur ajouter une pointe de douceur, avec la sauge et le café ».

Le coco de Mollans est-il donc d’un ingrédient majeur de la gastronomie française ?

L’histoire économique, voire culturelle de ce légume, commence, à Mollans, au début du XXe siècle. Je me suis longtemps demandé d’où pouvait venir cette notoriété. Les archives locales sont avares en indices. En effet, dans les statistiques agricoles de la fin du XIXe siècle on ne remarque que quelques hectares produisant des haricots secs. Il semble qu’à cette époque ce soit le principal, voire l’unique moyen pour commercialiser ce légume, universellement cultivé. Mollans bénéficie certainement depuis le Moyen Âge, mais plus sûrement depuis le XVIIe siècle, d’un réseau de canaux qui irriguent les jardins qui jouxtent les murailles du village et la riche plaine vers le Comtat Venaissin. Mais, en ces temps, aucune remarque ni mention ne peut nous faire penser que nous avons affaire à une culture d’exception.

Les réponses au questionnaire de la Commission Intermédiaire ne sont pas plus éloquentes. Les récoltes de ce petit village du sud de la Drôme, aux confins du Dauphiné, ne sont que les céréales, le vin, les cocons, le chanvre (peut-être même encore aujourd’hui…), et, plus curieusement, le fourrage, ce qui accrédite de l’importance des canaux dans ce pays de sécheresse et, bien sûr, l’huile d’olive. Rien sur nos haricots. Le gland mêlé est cité ce qui est un indice d’une grande précarité alimentaire car le pays n’est pas auto-suffisant en blé et autres céréales. Delacroix dans sa Statistique de 1835 4, tout comme l’abbé Vincent 5 sont également muets sur le sujet. Toutefois, dans les statistiques agricoles des premières décennies du XXe siècle 6 on note un accroissement net des surfaces cultivées, passant de 2 hectares au début du siècle à une dizaine dans les années 1920. Et surtout, si les superficies produisant des haricots secs restent stables autour de 2 hectares, les haricots frais font leur apparition au rang des récoltes significatives et déclarées.

Car c’est bien la ligne de chemin de fer à voie étroite (1 m), inaugurée le 12 mai 1907, et qui parcourait la distance jusqu’à la vallée du Rhône à la vitesse époustouflante de 20 km/h, qui a été le vecteur le plus important dans la notoriété quasi nationale de ce haricot blanc. Andrée Bouvard 7, est le premier auteur qui, tout en évoquant le maraîchage important et innovant qui se pratique à Mollans, cite le coco de Mollans : « Après 1918, en effet, Mollans s’est enfin décidé à s’engager dans la voie où l’appelaient les riches alluvions de sa large vallée. La première culture que l’on développa dans les jardins fut celle des haricots. On les exportait secs d’abord, puis on organisa l’expédition des haricots frais : haricots verts vendus en juin, haricots en grains en octobre. Ce légume connut bientôt une telle célébrité que les « cocos » de Mollans furent consommés dans la plupart des grandes villes françaises, principalement à Lyon, à Saint-Etienne et à Toulon. Actuellement (en 1946, NDLR) les camions et surtout le train, qui joua d’ailleurs un rôle de premier ordre au début, emportent de Mollans chaque année plus de 300.000 kg de haricots ».

En pleine production c’est un ou deux wagons par jour qui quittaient Mollans. Après l’arrêt de la ligne de chemin de fer en 1952, les agriculteurs se sont tournés vers les marchés de Vaison, puis celui de Carpentras, et même de Châteaurenard.

Quand on discute aujourd’hui avec les producteurs on s’aperçoit d’une distinction majeure : les « anciens » et les « nouveaux ». Les anciens, ce sont les haricots qui se produisaient traditionnellement jusque dans les années 1980. Les mêmes certainement qu’en d’autres lieux, améliorés par un savoir faire local et une irrigation abondante. Mais que sont ces nouveaux ? Les agriculteurs, aujourd’hui comme hier, produisaient leur propre semence, conservant au moment de la récolte des rames et du tri manuel qui s’en suivait les plus belles gousses sèches (contenant 6 à 7 grains), invendables en frais, mais gages d’une semence de qualité pour l’année suivante. C’est ainsi que commence l’histoire des blancs de Blanc.

Les blancs de Blanc

Pourquoi donc une majuscule à Blanc ? Tout simplement parce que c’est André Blanc, agriculteur au quartier de La Jonche, qui est l’inventeur d’un haricot… à la cosse très uniformément blanche. Vally Laget, née Blanc, et son frère Franklin, nous ont conté l’histoire de ce merveilleux légume… « Mon arrière-grand-père, après avoir quitté le moulin de la Blache à Eygalier pour raison de santé, était venu s’installer à Mollans à la fin du XIXe siècle. Mon père, André, est né à Mollans en 1907. Nous habitions dans une ferme à La Jonche. Et, contrairement à d’autres agriculteurs, notre récolte principale c’étaient les cocos. La plupart de nos terres étaient à l’arrosage. Le terrain caillouteux de La Jonche donnait de meilleurs haricots qu’à L’Iscle par exemple, où le sol est argileux. À L’Iscle, les haricots sont plus gros, plus beaux, mais à La Jonche, même quand il a plu ils ne pourrissent pas. Les haricots de L’Iscle sont aussi plus durs à la cuisson et plus farineux. Nous avions deux variétés de cocos : les « précoces », qui venaient en deux mois et demi, et les « gros » qui mettaient trois mois pour arriver à maturité. Les variétés nouvelles comme le Manosque ne sont arrivées que bien plus tard. Quant au blanc de Blanc c’est en 1980 qu’il a fait son apparition. Des haricots, tout le monde en faisait. Il n’y avait pas d’organisation coordonnée de producteurs, comme aujourd’hui le Syndicat des cocos. C’était chacun pour soi ! »

Comment cultivait-on ces cocos ? « Mon père semait environ 100 kg de semence sur 6-7 ha ; il produisait lui-même sa semence d’une année sur l’autre en sélectionnant à la récolte les plus belles gousses. Il ne fallait pas semer avant la Saint-Marc, jour de fête à Mollans, le 25 avril. On semait d’abord des « gros ». La récolte s’échelonnait donc de la mi-juillet jusqu’à la mi-octobre. Sur les terres retournées après la moisson on mettait des précoces appelés aussi quarantin, au plus tard fin juillet. Le terme de quarantin faisant référence aux 40 jours qui s’écoulaient entre la floraison et la maturité 8.

Pour les « gros » il ne fallait pas passer le 22 juillet. Parfois des gelées à la Saint-Michel clôturaient la campagne. On semait en plots de 3, distants de 15-18 cm, à la main, en raies espacées de 95 cm. À quasi-maturité, un premier ramassage sur les plantes enlevait les plus belles gousses, suivi quelques jours plus tard par l’arrachage qui devait être très méticuleux. Il ne fallait surtout pas que la terre vienne salir les haricots. Et donc on arrachait les plants par poignées et on maintenait les racines en l’air en formant de petits tas. Puis on chargeait la charrette en deux rangées vis-à-vis seulement. » La séparation des cosses et des rames était également très minutieuse. Assis sur une caisse, on prenait les plantes en veillant à maintenir la terre du même côté, puis on enlevait les cosses qu’on classait, en fonction de leurs qualités, dans différentes caisses : une pour les beaux, une pour les fanés et une pour les beaux-fanés qui allaient servir pour la semence, et une dernière caisse pour les tout-venants, les « passis ». « On portait nos haricots à des négociants, à Mollans. Le plus gros, c’était Abel… Blanc, à la Fontaine », mais il y avait aussi Albert Bonnet et Abel Jouve. Et aussi Marin qui utilisait les camions de Bahut Montcoffre. Les cocos étaient conditionnés en bauges, des sacs en toile de jute ; puis, plus tard, on a utilisé des banastes avec un couvercle qu’on appelait des « mussy », de 11, 15 ou 21 litres. Aujourd’hui, de simples cagettes couvertes d’un fin filet plastique constituent l’emballage standard, mais l’étiquette revendique de manière très visible la notoriété du produit : « Cocos de Mollans ».

Et nos blancs de Blanc ? De quoi s’agit-il ?

Ce sont des cocos dont les cosses sont parfaitement blanches, grosses et sans défaut et ce avant même d’être arrivés à complète maturité. D’où viennent-ils ? Je ne trahirai aucun secret en disant que c’est M. André Blanc qui a obtenu fortuitement en 1975 des cosses toutes blanches : il était tombé sur une série particulièrement remarquable qu’il a ensuite stabilisée entre 1975 et 1978 par sélection des plus belles cosses. Les marchands s’arrachaient sa production. En 1979, il n’y avait que lui qui avait ce haricot-là. Et cela a duré jusqu’en 1990. Vally Laget poursuit : « Même pas mûrs ils sont blancs : c’est cela qui plaît. De plus, mon père était très attentif à produire un produit parfait, sans terre. Ce qui l’obligeait parfois à laver les plans ramassés après une pluie ». Mollans est arrosé par deux rivières, l’Ouvèze et le Toulourenc, qui irriguent chacune un petit bassin bien équipé en canaux d’arrosage et où se pratique cette culture. J’ai toujours entendu dire que les eaux claires et fraiches du Toulourenc produisaient des haricots à la peau plus fine et donc plus digeste que ceux produit dans le bassin de l’Ouvèze. Est-ce bien la qualité de l’eau ou la sélection par l’un ou l’autre d’une semence ? Bien difficile à dire.

Le « vrai » coco de Mollans développait des fils de 15 cm environ, plus courts que le Manosque 9. Le précoce pouvait porter 10 gousses de 5 à 6 grains, le gros 8 à 10 gousses de 6 à 8 grains. Quant au blanc de Blanc, celui qui est cultivé aujourd’hui, il peut porter jusqu’à 20 gousses de 8-9 grains.

Le rendement est également quelque chose de secret chez le cultivateur de haricots. Certains d’entre eux, vieille habitude paysanne, minimisent la productivité : « écris pas plus de 2 t/ha… ». Au cas où l’on ferait la multiplication (je l’ai faite…). D’autres sont plus optimistes : 3-4 t/ha. La réalité aujourd’hui semble tourner autour de 6 à 7 T/hectare même si le record sur une petite parcelle semble être de 13 T/ha. Bref, comme on dit, ça dépend. Un gel précoce pouvait stopper net la récolte d’octobre. Certains, comme M. Blanc, pouvaient faire deux récoltes successives sur la même parcelle : on semait d’abord les gros, après le 25 avril. Récoltés en juillet on enchainait avec des précoces. Difficile de connaître la production exacte ; il est réaliste de penser que les quelques 30 ha cultivés pouvaient produire jusqu’à 150 tonnes. Les 300 tonnes que cite Andrée Bouvard en 1946 nous laissent perplexes. Aujourd’hui la production purement mollanaise doit tourner autour de 50 T.

Certains à Mollans, rares, ont conservé et reproduisent leur ancienne semence, et proposent à une vente confidentielle des « anciens », enfin pas des vrais-vrais, plutôt semble-t-il des Manosque. On dit qu’ils sont plus souples, moins fermes à la cuisson, avec une peau du grain plus fine. Mais la quasi-totalité des agriculteurs a abandonné les anciennes semences et reproduisent donc les haricots de Monsieur Blanc. Faut-il en déduire que finalement la notoriété continue de ce haricot est le fruit du hasard ? Peut-être, quoique…

Franklin Blanc, dont l’épouse, Michèle Blanc-Muesser 10, travaillait au CERMAV, Centre de Recherches sur les Macromolécules Végétale à Grenoble, laboratoire du CNRS en recherche fondamentale sur les glycosciences, nous a indiqué qu’elle avait contribué, sans que nous sachions comment, à la pérennisation de ce blanc de Blanc. C’est donc un secret qu’il faut bien garder. Aujourd’hui que la génétique est la grande pourvoyeuse de nos assiettes on pourrait légitimement s’interroger. Mais que les consommateurs soient rassurés : le coco de Mollans d’aujourd’hui n’est pas un OGM !

La confrérie des cocos de Mollans

La fin de la récolte ne s’accompagnait pas d’une fête, dans les années 30 ou 40, comme pour les moissons ou les vendanges. Certains ont plus récemment imaginé, comme à Paimpol, la constitution d’une confrérie du coco de Mollans, dont les membres arborent une belle cape verte. Le point d’orgue est un défilé d’une charretée de cocos, un repas agrém enté naturellement de cocos et l’élection d’une Miss Coco, comme d’autres vantent l’olive ou le vin nouveau. Est-ce l’imitation des « cocos girls » de Stéphane Collaro à la télévision qui a inspiré nos animateurs locaux ?

Le Syndicat des producteurs du coco de Mollans

En 1997, devant les difficultés de plus en plus importantes pour vendre leur récolte, un groupe de jeunes agriculteurs mollanais a décidé de réagir en créant un syndicat de producteurs ayant pour objet la défense et la promotion du coco de Mollans 11. Tout d’abord par le dépôt d’une marque collective simple « Le coco de Mollans », propriété exclusive du syndicat, ensuite par l’utilisation de cette marque lors de la commercialisation des haricots, au moyen de prospectus, étiquettes et emballages et la mise en place d’un règlement d’application de la marque : suivi de la qualité notamment avec la généralisation de la culture du coco avec des tuteurs en bambous.

Mais surtout, comme toute production de qualité, poursuite d’une culture traditionnelle, avec des arrosages fréquents, un travail sur des parcelles choisies, une récolte manuelle. En résumé un savoir-faire de plus d’un siècle.

La haute vallée de l’Ouvèze, d’Entrechaux à Mévouillon est enfin définie comme zone de production dans le règlement d’application de la marque.

Une IGP 12, en quelque sorte, qui ne peut dire son nom tant sont longues et lourdes les procédures qui président aujourd’hui à l’élaboration des signes de qualité !

1 Le texte de cet article est adapté d’un article publié en 2004 dans le numéro 4 la revue Mémoire d’Ouvèze. Il bénéficie des témoignages de Vally Laget et de son frère, Franklin Blanc, ainsi que de Frédéric Roux.
2 MP Kelley, H Student, Critical review of literature of the role of beans (phaseolus vulgaris) in cancer treatment and prevention.
3 Wokadala Cuthbert Obiro, Tao Zhang and Bo Jiang, « The nutraceutical role of the Phaseolus vulgaris αamylase Inhibitor », British Journal of Nutrition, v. 100, Issue 01, July 2008, pp. 1-12
4 Statistique du département de la Drôme, par M. Delacroix, 1835.

5 Abel Vincent, Notice historique sur Mollans, 1860.
6 Archives communales de Mollans, non classées.
7 Andrée Bouvard, « Le Bassin de Buis-les-Baronnies », Revue de Géographie Alpine, 34/III, 1946, p. 403.
8 Quant aux rendements en grains frais il faut compter sur 600-650 g de grains par kilo de gousses pour les précoces, 550 voire 600 pour les gros et 450-480 g pour les Manosque. Quant aux blancs de Blanc c’est 420-450 g (source Franklin Blanc).
9 Qui développait des fils de 30 cm environ. Quand au blanc de Blanc, monté aujourd’hui sur tuteurs de bambou, le fil peut mesurer jusqu’à 1.5 m !
10 Michèle Blanc-Muesser est décédée le 1er mars 1992. Docteur d’état en 1981, elle a été récompensée par le prix Humboldt en 1981. Elle a travaillé à Orsay, Grenoble et Fribourg. Sa bibliographie scientifique, entre 1981 et 1992 est impressionnante.
11 Informations communiquées par Frédéric Roux.
12 IGP : Indication Géographique Protégée.

Autrefois les cocos…

La foire aux cocos approche : c’est le 16  août prochain. Marché, concert, soupe au pistou, bal… les occupations des Mollanais ont bien changé ! Une occasion pour se souvenir d’un autre temps où les cocos occupaient une grande partie des familles mollanaises.
Andrée Bouvard, dans un article paru en 1946 dans la Revue de Géographie alpine nous le rappelle.
Andrée Bouvard, Le Bassin du Buis-les-Baronnies. Étude de géographie humaine, p. 403.

Les jardins et les greffés, fortune de Mollans.

« Après 1918, en effet, Mollans s’est enfin décidé à s’engager dans la voie où l’appelaient les riches alluvions de sa large vallée. La première culture que l’on développa dans les jardins fut celle des haricots. On les exportait secs d’abord, puis on organisa l’expédition des haricots frais : haricots verts vendus en juin, haricots en grains en octobre. Ce légume connut bientôt une telle célébrité que les « cocos » de Mollans furent consommés dans la plupart des grandes villes françaises, principalement, à Lyon, à Saint-Etienne et à Toulon. Actuellement les camions et surtout le train, qui joua d’ailleurs un rôle de premier ordre au début, emportent de Mollans chaque année plus de 300.000 kgs de haricots; encore ceux-ci se voient-ils largement disputer le terrain par les tomates, dont la production a passé, entre 1939 et 1942, de 40 à 300 tonnes. »

Des greffés, 300 tonnes de tomates ! Que de changements…

Brève rencontre

Le 10 mai 1907, après deux ans de travaux, la ligne de chemin de fer qui reliait Le Buis à Orange en 2 heures était inaugurée. Une opportunité pour les habitants de l’arrière pays et surtout pour les Mollanais qui ont vu la renommée du « Cocos de Mollans » exploser ! À cette époque c’est plus de 300 tonnes du fameux haricot blanc qui était chargées à la gare pendant la période de production.
Mais en raison de la concurrence du transport routier et malgré l’implication du maire de Mollans, Félix Reymond, pour le maintien et la transformation de la ligne, le « petit train » fit son dernier voyage le 5 décembre 1952. S’ensuivit le démantèlement de la voie et des ouvrages d’art.

Aujourd’hui, longtemps restée « comme chemin rural », l’ancienne voie ferrée s’est transformée en vélo-route.

Et pas que !

Une belle et brève rencontre en ce jour de printemps nous ramène quelques siècles en arrière, 

Le marché provençal : il y a 30 ans…

© Dauphiné Libéré. Alain bosmans, 27 août 1997.

Beaucoup de discussions ces derniers temps autour du marché du samedi.
L’occasion était trop belle de se plonger dans les archives, et en particulier celles du Dauphiné Libéré, sous la plume d’Alain Bosmans en 1997 qui évoque cette manifestation.

Replongez-vous au XXe siècle !

Cette année 2026, les Amis de Mollans et du Val d’Ouvèze seront présents,
comme les autres années, les samedis matin de juillet-août
pour vous proposer ses publications patrimoniales.

8 mai 2026

Depuis 25 ans, nous photographions les principales cérémonies officielles comme le 8 mai ou le 11 novembre. Quelques centaines de photos qui nous permettront de retrouver notre jeunesse ou de se souvenir de nos anciens.
Ces photos sont conservées sur l’ordinateur des archives et publiées sur le site

amisdemollans.piwigo.com.

Bonne promenade…

Un peu de courtoisie ne ferait pas de mal !

Nous avons posé il y a quelques mois, avec l’autorisation municipale, en divers endroits de Mollans, de petits QR CODES (affichettes plastifiées de 10 x 15 cm) qui renvoient sur le site AMVO à une notice succincte sur un bâtiment patrimonial. Comme tout le monde aujourd’hui se ballade le smartphone à la main, il nous semblait intéressant que tout un chacun puisse avoir « en ligne » quelques informations « culturelles »…
Que neni !
Des affiches pour annoncer des « événements culturels » peuvent parfois recouvrir ces petits QR codes, comme c’est souvent le cas sur les affichages publics. 
Le terme « courtoisie » n’existe plus dans le vocabulaire mollanais.

L’église Saint-Marcel : son décor

Une impression d’harmonie s’impose quand on entre dans l’église Saint-Marcel, grâce à l’équilibre du décor qui orne les murs du chœur et cinq chapelles.

Construite entre 1787 et 1792, une fois passées les années révolutionnaires anticléricales et la destruction de tous les signes religieux, l’abbé Maurin récupère l’exercice de sa fonction sacerdotale dans une église vide en 1802.
La chaire à prêcher, magnifique pièce portant une couronne royale, dont l’origine est malheureusement inconnue, est achetée par la municipalité à un menuisier d’Avignon en 1804. La même année, les Mollanais profitent de la vente de l’ancien autel de la collégiale de Villeneuve-les-Avignon, œuvre des frères Mazetti, qui donne un air grandiose à notre église de campagne. Précieux monument en marbre blanc de Carrare et en différents marbres de couleur, il date du 18e siècle et a été restauré en 1998. Bonneau, ferronnier de Malaucène exécute la délicate grille qui ferme le chœur et Jacomin menuisier à Mollans, va habiller celui-ci d’une belle boiserie de noyer, elle aussi restaurée.

La Foi
L'Espérance
La Charité

Il faut attendre 1829 pour que le nouveau curé, l’abbé Goudard, et les membres de la Fabrique, décident d’un décor pour les murs du sanctuaire.
Ils font appel à Antonio Molinari, peintre du Piémont installé à Bourg-Saint-Andéol. C’est grâce à lui et à son équipe composée de peintres italiens, Gasparoli et Giovanela, que l’église Saint-Marcel va acquérir un décor unique en Drôme.
Les peintres réalisent en à peine deux ans les fresques de l’ensemble des décors muraux du chœur ainsi que celles de  deux chapelles nord. Suivra quelques années plus tard, la réalisation de deux chapelles sud, puis, en 1843, la chapelle des Fonts Baptismaux à l’entrée nord de l’église. L’actuelle chapelle sud  de Notre-Dame-de-Lourdes n’existait pas.
Le chœur captive le regard avec sa voûte comprenant les trois vertus théologales, peintes à l’huile : la Foi, l’Espérance et la Charité, ainsi qu’un décor de flambeaux, guirlandes et rinceaux.

L'Annonciation, d'après François Lemoine

On peut apprécier la maîtrise du trompe-l’œil dont font preuve les artistes, tant pour le chœur que pour les chapelles aux retables tous différents mais de style identique.
Molinari et Gasparoli ont exécuté six tableaux sur toile qui ornent les chapelles nord et le fond de l’église. Elle possède dix-sept tableaux dont huit sont inscrits et huit sont classés Monuments Historiques à titre d’objets. Parmi ces derniers, la grande « Annonciation », au fond du chœur, datée du 19e siècle, reproduction d’un tableau de François Lemoine.

Notre-Dame de Pitié, à l'origine dans la chapelle des pénitents

Dans la chapelle à droite de l’entrée, le tableau « Notre Dame de Pitié », daté du XVIIe siècle est en partie une copie de la « Piéta » du peintre Italien Carrache. Il fut acheté pour la chapelle des Pénitents en 1806 et déposé dans l’église ainsi que l’autel en bois du XVIIIe siècle lors de la désacralisation de la chapelle vers 1950.
Pour finir, on peut admirer à droite en bas de la nef, une grande sculpture en bois de tilleul représentant Saint Michel terrassant le dragon. Daté du 17 e siècle, elle provient de la chapelle Saint Michel, au cimetière, qui fut la chapelle funéraire de la famille d’Urre, coseigneurs de Mollans.
L’église Saint Marcel présente une remarquable unité de style, qui conduira les Monuments Historiques, à classer en 1972, toute l’œuvre murale, ainsi que le maître-autel, la chaire à prêcher, le Saint Michel et plusieurs objets du décor.

La tour de l’horloge

Un texte ancien daté de 1424 mentionne qu’à la sortie du village « se dressent deux grosses tours rondes, au-dessous desquelles coule la rivière Ouvèze ». Ces tours formaient la « porte du pont », contrôlant le passage vers le Comtat en franchissant l’Ouvèze, ainsi que la route menant au Buis. Aujourd’hui, une seule subsiste : l’autre a été démolie à une date inconnue afin de faciliter l’accès au village.
La solide base médiévale de la tour offrait un emplacement idéal pour l’édification d’un beffroi carré de 14 mètres de haut. Les travaux débutent en 1720, mais la grande peste de Marseille retarde l’installation du campanile et de la cloche, fondue à Vaison. Ce n’est qu’en 1724 que celle-ci commence à sonner — et depuis, elle ne s’est jamais tue.

Le campanile et sa cloche de 1724 © Michel Hugues

À l’origine, une horloge mécanique à une seule aiguille actionnait le battant, marquant les heures et les demi-heures. Ses deux lourds contrepoids devaient être remontés chaque semaine. Ce mécanisme rudimentaire tombant fréquemment en panne, les habitants firent preuve de pragmatisme en installant, en 1758, un cadran solaire.

Le cadran solaire de 1758
L'horloge mécanique de 1837 remplacée au premier plan par une horloge électrique. © Michel Hugues

En 1837, la foudre frappe violemment le campanile et détruit l’horloge, qu’il faut alors remplacer. Plus tard, au XXᵉ siècle, une horloge électrique à quartz met fin à la corvée du remontage manuel.

 

La Porte Major

La Porte Major était la seconde porte fermant les fortifications du village médiéval qui en comprenait trois.

Peu de documents nous renseignent sur son aspect au fil du temps. Elle était probablement entourée de bastions pour la protéger dont l’un subsiste intégré dans la maison au début de la rue Basse. Une archère y demeure toujours, permettant de tirer sur toute la longueur du rempart en cas d’attaque.
Le cadastre de 1724 nous indique qu’une habitation avait été construite au-dessus de la porte, probablement après les guerres de religion une fois la contrée pacifiée.
La Porte Major permettait l’accès au village par la rue Basse vers la Place du Pont et la rue des Deux Briefs (actuelle rue des Trois Bureaux) vers la Grande Rue.
Elle fut démolie en 1844 en même temps que quelques maisons qui lui faisaient face, pour percer la rue Neuve, aujourd’hui rue de la Porte Major, afin de permettre la traversée du village par les charrettes et plus tard par les automobile. L’accès au pont devenait ainsi possible pour qui empruntait le chemin arrivant de Faucon, devenu la route départementale numéro quatre. Le pont qui enjambe le vallat de Pisserouille (aujourd’hui en partie canalisé), juste avant la mairie, fut aménagé avec des matériaux provenant de la démolition de la Porte Major. La mairie fut inaugurée en 1863, constuite dans un jardin hors les murs du rempart, puis la fontaine et son lavoir, qui a malheureusement perdu son toit, ont pris place en 1877 sur l’emplacement de la fortification.

L’église Saint-Marcel : sa construction

Saint-Marcel, témoin de l’histoire du village, est la troisième et sans doute la seule église construite durant la Révolution. 

Au pied du fort supérieur, l'église paroissiale Saint-Marcel

La première église « Sainte-Marie » parfois nommée « Notre-Dame-du-Pont ou Notre-Dame-de-la-Lauze » suivant les documents, se tenait à l’emplacement approximatif de la boucherie actuelle et fut détruite durant les assauts des guerres de religion, déclarée « disrupte » par l’évêque en 1590. La seconde, sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Lauze fut bénie en 1636, à l’emplacement du parvis et presbytère actuels. 

Celle-ci se révélant trop petite, il fallut presque 50 ans pour mettre en œuvre un nouveau projet et ce n’est qu’en 1787 que commencèrent les travaux d’une église plus grande, perpendiculaire à l’ancienne. La configuration du village ne permettait pas un autre emplacement. Afin de trouver un endroit plus plat, le rocher fut attaqué à l’explosif et au pic mais sa dureté nécessita un aménagement des plans initiaux. Ceci explique l’escalier de l’entrée et le sur-élèvement du chœur mais aussi son encastrement dans le rocher. On peut en mesurer la profondeur lorsqu’on monte au pied du château. On comprend alors les problèmes d’humidité récurrents depuis la construction. 

Saint-Marcel fut bénie en 1792 juste avant les débuts de la déchristianisation révolutionnaire. 

La fontaine au dauphin et son lavoir

La fontaine et le lavoir en 1924. © Photographie Arlaud. Médiathèque du Patrimoine.

Au cœur du village de Mollans, la fontaine au dauphin est sans conteste le monument le plus emblématique. Construite entre 1713 et 1714, elle marque une véritable révolution pour les habitants, qui ne disposaient auparavant que de quelques sources éparses pour s’approvisionner en eau.
Sa réalisation est une aventure collective remarquable : près de 300 villageois, hommes et femmes, participent aux travaux. Ensemble, ils creusent la galerie de captation, installent une canalisation sur près d’un kilomètre depuis la source située au pied de la montagne, et rassemblent les matériaux nécessaires à la construction. Un chantier d’envergure, reflet de la solidarité et du courage des habitants de l’époque.

La fontaine séduit par son élégance : son bassin octogonal s’organise autour d’un fût central surmonté d’un réservoir décoré d’écailles. Quatre mascarons, figures mythologiques sculptées, ornent l’ensemble, dont celle du roi Midas, reconnaissable à ses longues oreilles.

 

Au sommet, un dauphin domine fièrement la fontaine. Offert par le seigneur du village, Alexis Elzéard de Simiane, il rappelle l’attachement historique de Mollans au Dauphiné.

À ses côtés, le lavoir complète harmonieusement le site. Reconstruit en 1863 en forme semi-circulaire avec ses élégantes arcades, il offre aujourd’hui un lieu plein de charme, témoin de la vie quotidienne d’autrefois.

Classé monument historique depuis 1926, cet ensemble invite à une pause hors du temps, entre patrimoine, histoire et douceur de vivre provençale.

Il y a presque 100 ans

Dans un annuaire des années 1930 on trouve une liste des commerces de Mollans dont on devine encore les boutiques par leur forme caractéristique sur la Place Banche de Cour, la Grande Rue ou à la Bourgade. Mollans ne comptait alors que 762 habitants.

Et aujourd’hui ? Et demain ?

Trois bouchers, deux boulangers, cinq cafés, sept épiciers ! Même si certaines boutiques avaient plusieurs fonctions ça laisse rêveur. 

Lei Coude Trouca ont 24 ans !

Créés en 1974, les Amis de Mollans ont toujours essayé, pas toujours avec succès, de partager leur passion pour le patrimoine et les archives locales. Témoin ce premier numéro d’un petit bulletin de deux pages lancé en 2002 : Lei Coude Trouca. Titre repris 20 ans plus tard dans la revue que tout mollanais connait ! Pour le souvenir, nous allons publier sur ce blog les quelques exemplaires que les mutations des formats informatiques ont épargné.
Nostalgie…

C’était comment avant ?

L’intelligence artificielle nous permet de délirer un peu et d’imaginer les temps anciens quand la soldatesque circulait dans les rues de Mollans pour rejoindre la Citadelle, lieu d’hébergement des troupes.
La plaque de rue et le luminaire nous ramènent à la réalité. Mais c’est bien essayé !
Image générée sur le site DeeVid Ai.


IA… Aie, aie, aie !

Nous avons testé par simple curiosité une IA (Nano Banana) pour modifier une image de la Place Banche de Cour prise avec un smartphone.
Avec le simple prompt : « Supprimer les voitures et les drapeaux, ajouter une jardinière avec du foin et tirée par un cheval de face avec un paysan du XXe siècle et à ses côtés un petit chien. » J’ai oublié de demander de supprimer la clim !

Le résultat est bluffant et je ne résiste pas au plaisir de vous le monter, même si la photo originale n’a que peu d’intérêt.

Les fakes news ont un bel avenir…