Gravé dans la pierre

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Nombreux sont les inscriptions, graffitis, marques qui ornent les bâtiments, monuments ou modestes édicules de la commune. Comme pour une chasse au trésor, on peut s’amuser à les répertorier : ces traces sont les simples témoignages, plus ou moins importants, d’une intervention sur notre paysage quotidien, et sont destinées à la rappeler aux générations futures même s’ils ne sont pas toujours très visibles.

Êtes -vous passé un jour sous la tribune de la chapelle des pénitents ? Et avez-vous levé la tête vers le pilier ? On y distingue clairement une date : 1658, dessinée en caractères typiques du milieu du XVIIe siècle. De quoi s’agit-il ? Quelques recherches aux Archives départementales d’Avignon nous apportent des éclaircissements.

1654 : érection de la confrérie des pénitents blancs

Le 18 janvier, une poignée de mollanais se sont assemblés sous la houlette des seigneurs locaux Charles de Simiane et René de Baron : ils ont pour objectif d’ériger une confrérie de pénitents blancs et sollicitent donc l’autorisation officielle de leur hiérarchie ecclésiastique. En particulier ils se proposent de s’établir à la tribune de l’église Notre-Dame de la Lauze nouvellement construite, l’ancienne ayant été détruite par les réformés au début des guerres de religion) :

« Supplient humblement et remonstrent noble et illustre seigneur messire Charles de Simiane, sieur d’Esparron, sieur de Moulans et autres places et messire René de Baron, sieur de Valouse, aussi seigneur en partie dudit lieu joincts les sieurs chastellains et consuls et plusieurs habitans de mesme lieu iceulx meus de dévotion envers le culte de Dieu et de la Saincte Vierge Marie sa mère, ils seroint en volonté de dresser une confrérie de pénitens blancs sive portant l’habit blanc à l’honneur et soubs le tiltre de Notre Dame de Piété et parce qu’ils se pourroint présentement dresser une chapelle pour l’exercice de ladite confrérie sperant avec l’ayde de Dieu d’icelle faire faire bastir et construire honorablement avec l(…) et assistance des dévotions des fidèles ayant dévotion à ladite confrérie… »
« Ce considéré plaira à vous, Monseigneur, vouloir octroiyer et concéder permission et pouvoir d’ériger ladite confrérie et ensuitte de faire bastir et construire la chapelle de ladite confrérie honeste (…) à faire l’office et exercices de ladite confrérie et d’establir les statuts sur icelle, et cependant qu’il sera permis aux confrères qui s’enroleront lesquels sont déjà en nombre de trente-cinq à quarante de faire leur prière et office dans l’église parrochielle dudit Moulans en la tribune d’icelle sans que avoir intentions de troubler en aulcune façon l’office de la paroisse et (…) seulement faire cognoistre le zelle et dévotion pour icelle pour (sevir) jusqu’à la confirmation de ceste délibération et lesdits sieurs prieront Dieu pour la prospérité longue et honeste de votre dite seigneurie illustrissime. »

L’utilisation de la tribune de l’église se révélera insuffisante car le nombre de pénitents s’agrégeant va croître rapidement. La construction de la chapelle va suivre quelques années plus tard.

1658 : construction de la chapelle

Quand ? En 1658 évidemment ! C’est donc certainement une inscription rappelant cette construction qui a été intégrée dans le bâti lorsque la tribune a été construite en 1743. On peut penser qu’elle avait été placée initialement dans la façade et déplacée lors des travaux d’agrandissement : les pénitents étaient alors plus de 220 !

Notre République mérite un lifting !

Détail architecture de mollans
En 2004
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En 2025

Je ne parle pas de notre République nationale. Quoique…
Si l’on remonte quelques années en arrière, la statue de la République qui trône depuis 1885 sur la fontaine de la place Banche de cour, mériterait un petit gommage de peau. En 2004, elle présentait un visage relativement lisse, quoique marqué par 120 ans de pollution. Aujourd’hui on la dirait lépreuse… Les années et la négligence lui ont donné cette allure peu engageante.
Il doit, à en croire une recherche sur Internet, y avoir des solutions peu onéreuses pour lui redonner l’apparence de sa jeunesse.

Pas de trace pour l’instant dans les archives de cette acquisition républicaine sous le mandat du maire Louis Saint-Donat (un « mien cousin »…), ni de son auteur. À l’origine, le projet établi lorsque Henri Honoré Roux était maire, ne comportait qu’une simple boule.

L’enquête est en cours.

Encore un petit effort…

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L'électricité arrive à Mollans !

Depuis le début du XXe siècle, l’électricité a envahi les rues de Mollans. D’abord sur des poteaux de bois tordus ou sur des potences qui ne ménageaient pas les bâtiments, surtout s’ils avaient une histoire. C’est le cas de la tour de l’horloge ou de la chapelle des pénitents. L’éclairage des rues et des maisons était à ce prix quand le courant d’électrons venait de la centrale d’Ubrieux, au nord du Buis.

Quelques dizaine d’années plus tard, avec une prise de conscience de l’aspect esthétique du village, et peut être aussi parce que le village était inscrit dans un périmètre paysager réglementé, les électriciens ont supprimé les potences et fait courir les câbles le plus discrètement possible sous les génoises et en longeant les lignes naturelles des bâtiments. De jolis lampadaires ont pris le relais des premières lampes. Un gros progrès. Mais avec des gros fils tout noirs…
À peu près en même temps, avec la généralisation du téléphone filaire, de petits fils clairs se sont ajoutés, sans toutefois se mêler aux noirs, traversant les façades pour atteindre leurs points d’entrée dans les maisons avec des boîtiers plus ou moins branlants. La communication téléphonique et les débuts d’Internet à domicile étaient à ce prix.

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© Michel Chauvet

Et puis est arrivée la fibre. Elle n’est pas encore posée partout dans le village, mais les premières installations, anarchiques et non ordonnées, nous ont laissés sans voix. Traversant les rues ou les façades au plus court (c’est à dire en plein milieu, économies obligent), dans un embrouillamini de fils qui nous a fait immédiatement penser aux installations « à l’indienne » que l’on trouve en Asie. La ressemblance est frappante, même si on en est encore un peu éloigné. Mais on est en bon chemin.

Allez, encore un petit effort… on y est presque !

N’est pas Gordes qui veut ou qui peut.

Eaux et fontaines à Mollans

En complément de l’article sur Eaux et fontaines à Mollans où nous présentons la vidéo réalisée par Michel Hugues,  voici une partie des panneaux exposés lors de la fête de 2015. Ces panneaux sont exposés actuellement à la médiathèque de la Grange aux livres ; ils retracent, à partir des archives, l’historique des fontaines, depuis les premières galeries drainantes du territoire jusqu’aux fontaines établies en 1877 par Henri Honoré Roux, le maire de l’époque.

CHRONOLOGIE

L’École des cadres de l’auberge de jeunesse

Nous avions publié dans les numéros 2 et 7 de Mémoire d’Ouvèze, deux articles sur l’auberge de jeunesse de Mollans, fondée en 1936 par Mme Mouret.
Deux volets, La lumière et L’ombre d’une histoire méconnue, surtout des anciens Mollanais !

Ce travail s’appuyait sur un seul document, la thèse d’état de Mme Lucette Heller-Goldenberg, publiée en 1985.
Ce volumineux document en deux tomes est disponible sous forme d’e-book, moyennant finances (10.99 €/tome) sur le site Placedeslibraires.fr et en extraits sur Gallica.
Nous avions acquis en son temps une version papier, qu’il est possible de consulter aux archives communales (sur RDV).
Par ailleurs, nous avons découvert aux archives départementales de Valence, une note de René Dray consacrée au Groupe Mollans, que nous publierons dans le prochain numéro de Lei Coude Trouca.

On recrute

Si vous êtes intéressé ou souhaitez des renseignements complémentaires nous contacter : amisdemollans@gmail.com, ou aux archives (1er étage de la Grange aux livres) les lundis et jeudis à 14 h.

Retour vers le futur

Alors que le transport des denrées de toutes sortes s’effectuait depuis toujours à dos d’âne, une mutation de première importance eut lieu à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des tombereaux. Il y avait donc urgence à modifier efficacement le profil des rues pour l’adapter à ces nouveaux moyens de transport. C’est ainsi qu’en 1874 l’administration municipale d’Henri Roux, le maire de l’époque, se saisit du dossier et demande au service vicinal d’établir un projet d’urgence. Celui-ci déclare alors que « l’amélioration de la rue de l’Ouvèze est d’une grande utilité pour les habitants de Mollans ».

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Pour cette modeste amélioration, le devis se monte à 100 francs. Ce qui est remarquable, c’est l’évolution du profil de la rue, qui passe d’un profil de galets en V de 20 cm au centre à un nouveau profil bombé de 10 cm en terre, bordé de chaque côté de caniveaux de galets de 10 cm pour diriger l’eau tombée des toits vers la rivière. Ainsi, autrefois, le mulet et son muletier progressaient au milieu de la rue et n’était pas arrosé par la pluie des toitures.

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Avec l’arrivée des tombereaux avec de très grandes roues et la modification proposée, le mulet circulait toujours au milieu du chemin et les roues du tombereau roulaient dans les caniveaux, sans toucher le sol.
Aujourd’hui tout a changé. La voiture automobile a envahi les quartiers, frôlant parfois de quelques centimètres le haut de la chaussée, les roues toujours dans les caniveaux. Et donc on a cru bon de revenir à un profil « à l’ancienne » en « V », comme avant… Plus de caniveaux ni de rigoles et un léger décaissé qui évite aux carters des automobiles de frotter sur le sol et qui guide l’eau de pluie au centre de la rue. Sauf que le piéton du siècle dernier pouvait marcher au centre de la rue, sur le « bombé » évitant ainsi la pluie tombant des toits. Aujourd’hui, soit on circule à pied au centre de la rue et on a de l’eau jusqu’aux chevilles (les cheneaux sont rares…), soit on circule en bord de rue et là, on reçoit toute la pluie des toits, comme les ânes du XIXe siècles.

Réfection Du Pavement De La Grande Rue Sous Le Presbytère
Les travaux de pavage dans la Grande Rue en 2001

Au final, les ânes ont déserté Mollans, nous, piétons, les avons remplacés !

50 millions de vers chez soi

Henri Brion à Malbosc (ardèche)

En 2002, dans un premier essai de lancement d’un 4 pages local, nous avions  publié une étude sur la sériciculture mollanaise, dans les archives mais aussi en vrai en vue de l’exposition sur la coupe de monde de football. Ce sont ces quelques pages, retrouvées sur un disque dur, que nous vous présentons.

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En 150 ans, la population a bien changé !

Si l’on consulte le recensement de 1876, on s’aperçoit que le nombre total d’habitants était à peu près le même qu’aujourd’hui, 1066 contre 1062 recensés en 2015. Avec toutefois quelques nuances.
Car si le village a dû s’étendre hors des remparts au début du XIXe siècle faute d’espace intra-muros, développant ainsi les quartiers du Faubourg et des Aires, mais aussi les fermes de la campagne comme Roubion, Rourebeau, Piebanaud, Grangeneuve, les Richard, sans parler du Pas du Ventoux, c’est surtout le paysage et la nature des occupants des lieux qui ont changé…

En effet, en 1900 par exemple, on comptait sur l’étendue du village 30 chevaux, 66 mulets et 10 ânes (les tracteurs ne sont arrivés qu’au début des années 1950). 6 vaches produisaient du lait ou des veaux, mais ce sont surtout les 200 chèvres qui alimentaient le village en lait et fromage. Sans compter les 610 cochons qui occupaient souvent les rez-de-chaussée des maisons du village et parfumaient ainsi les rues où s’accumulait souvent le fumier, précieusement conservé pour amender les terres. Ressources inépuisables pour les mouches et puces de toutes sortes. Quant aux moutons, brebis et agneaux, le cheptel se montait à 1765 têtes, élevées bien sûr dans les écarts.

Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques dizaines de chats sans toit qui circulent et squattent les maisons délabrées. Les chiens laissés en liberté par leur maîtres se lâchent, obligeant à zigzaguer dans les rues pour éviter le pire. Quelques chevaux de loisir s’ennuient dans les prés. Et surtout, de nombreux touristes arpentent les rues à la découverte de ruines ou de quelque exposition estivale.

Odeurs de mon enfance…

Tous les prétextes sont bons ou comment allier l’utile à l’agréable

Place Colin Ravoux

Merci à Madame Monique Cherbite qui vient de remettre aux Amis de Mollans les maquettes conservées des Portes de l’an 2000, de la Corée-Japon de 2002 et des enregistrements, dont une interview filmée de Guy Fabre, alors âgé de 90 ans, réalisée en 2007 par Jean François Colonat, et que ce dernier avait totalement oubliée.
Heureuse redécouverte et document précieux plein de petites anecdotes et de renseignements sur Mollans, des années 20 aux environs des années 50.
Parmi les nombreux commerces du village et particulièrement dans la Grand’rue, il y avait deux boutiques mitoyennes qu’apparemment les hommes fréquentaient assidument et le prétexte était tout trouvé. C’est Guy Fabre qui nous le raconte.

Guy Fabre
Portait en 2007

« Il y avait la buvette Ravoux. A côté de cette buvette le salon de coiffure des frères Colin. Il y avait Louis Colin qui habitait à l’époque à la maison qui se situe en face de la maison qui était de Félix Reymond. Kléber, plus jeune que Louis habitait dans la maison où il y a le salon de coiffure. Salon de coiffure qui marchait très bien.
Et à l’époque pour vous situer l’état d’esprit des gens, la plupart des gens ne se rasaient pas, ils venaient se faire raser, c’était une distraction et je vais vous dire pourquoi. A coté de ce salon de coiffure, il y avait la buvette Ravoux. Alors, qu’il y ait deux, trois ou cinq ou six personnes qui attendent, ils n’attendaient pas dans le salon de coiffure. Là, il y avait les deux frères et les deux sur les fauteuils. Les sièges il n’y avait personne, je ne sais même pas si il y avait des sièges. Ils étaient à côté à la buvette.
Quand un fauteuil était libre, un des deux frères se déplaçait, il faisait cinq ou six mètres, il rentrait dans la buvette, « qui est-ce qui vient c’est libre ?. Voilà comment ça se passait. C’était vraiment de la camaraderie. »
On comprend pourquoi les hommes préféraient se faire raser.

Morts pour la France

Chaque année, le 11 novembre, de nombreux Mollanais, d’origine ou de cœur, se retrouvent au pied du monument aux morts, pour écouter les discours nationaux, auxquels succède l’appel aux morts mollanais pour la France. La liste des 26 noms, gravés dans la pierre du monument, rappelle leur sacrifice à leurs descendants ou parents. Mais qui étaient-ils ? Quels ont été leurs parcours ? La célébration du Centenaire de la guerre 14-18 nous a permis de rechercher dans les registres matricules les informations sur ces héros anonymes que nous avons synthétisées dans les fiches présentées à l’exposition de 2018.

L’eau mollanaise

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Dans notre précédent post, nous avons évoqué l’œuvre littéraire de Théo Chabert, un mollanais du XIXe siècle qui avait quitté Mollans pour la Savoie suite à un dépit amoureux. Parmi ses nombreux poèmes que l’on peut consulter sur Gallica, il  en est un, L’eau mollanaise, qui évoque une propriété méconnue de l’eau de la fontaine au Dauphin et qui pourrait expliquer son succès.

Il est une eau délicieuse,
Dont la vertu capricieuse
Est d’arrondir certains appas
Aux fillettes qui n’en ont pas.

֎

Accourez joyeuse,
À l’eau merveilleuse,
Fillette rieuse,
Et n’en doutez pas,
C’est l’eau Mollanaise,
Soyez-en bien aise,
Qui fait sans malaise,
Croître les appas.

֎

Vous qu’une faute de corsage
Éloignerait du mariage,
Venez, buvez et par retour,
Vous verrez approcher l’amour.

֎

Accourez joyeuse,
À l’eau merveilleuse,
Fillette rieuse,
Et n’en doutez pas,
C’est l’eau Mollanaise,
Soyez-en bien aise,
Qui fait sans malaise,
Croître les appas.

֎

Souvent, plus d’une jouvencelle,
Malgré le jeu de sa prunelle,
Ne peut captiver son amant
Faute d’avoir assez d’avant.

֎

Accourez joyeuse,
À l’eau merveilleuse,
Fillette rieuse,
Et n’en doutez pas,
C’est l’eau Mollanaise,
Soyez-en bien aise,
Qui fait sans malaise,
Croître les appas.

֎

Cette eau, nous disent nos grand’-mères,
Nous fit aimer de vos grand-pères,
Car bien souvent deux bons tétons
Font dot aux pauvres Jeannetons.

֎

Accourez joyeuse,
À l’eau merveilleuse,
Fillette rieuse,
Et n’en doutez pas,
C’est l’eau Mollanaise,
Soyez-en bien aise,
Qui fait sans malaise,
Croître les appas

Qui connait Théo Chabert ?

Le prénom de Théo (Théophile) n’évoque certainement rien pour les Mollanais, même si son nom de famille, Chabert, a laissé quelques traces. Qui était ce personnage, devenu célèbre, grâce à son amitié avec Jules Vallès, acteur de la Commune de Paris.

Article présenté pour les JEP2016

Jules Vallès a rédigé la préface des Canticides,  l’œuvre littéraire principale de Chabert que nous donnons ci-dessous. Nous aurons également l’occasion de publier L’eau mollanaise, un poème qui vante les vertus de notre eau…

Et si nous décoconnions un peu ?


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Après avoir décoconné, Raoul Montaud, son frère Raymond, sa femme Paule, et sa mère Marguerite éliminent la blaze à l’aide d’une déblazeuse. (Fonds R. Montaud)

En 2002, lors de l’exposition à Mollans sur la Corée et le Japon, coordonnée par Gérard Finel, nous avions recherché un lien, un point commun entre le patrimoine de notre village et l’Extrême Orient. Pas évident à première vue, mais la lumière a illuminé nos esprits : la soie !
C’est ainsi que nous nous sommes engagés dans une exposition et une conférence sur l’histoire de la sériciculture à Mollans, telle que nous la révélaient les archives locales. En rangeant les papiers de l’association, nous avons retrouvé plusieurs documents et images exposés pour l’occasion. Nous les publierons sur le site au fur et à mesure de leur dépoussiérage…
Pour l’instant arrêtons-nous sur une belle image, communiquée par Mme Paule Montaud, qui représente l’opération de déblazage en famille vers 1945.


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Le décoconnage achevé (c’est-à-dire l’opération qui consiste à enlever les cocons des branches de genêts calées dans les canisses), il faut enlever les impuretés et éliminer la blaze formée par les premiers fils de soie qui ont servi au ver à s’arrimer sur les genêts. Cette opération s’appelle le déblazage. On utilise pour cela une machine à déblazer, planche inclinée munie de plusieurs tiges actionnées par une manivelle. Les cocons sont répartis en haut de la machine et la blaze s’accroche sur les tiges en rotation. Les cocons semi-finis sont récupérés dans de grands paniers.
De construction très artisanale, ces machines ont terminé leur carrière le plus souvent à la décharge ou dans les cheminées !
Des bricoleurs astucieux ont également conçu des machines pliantes et portatives qui devaient circuler de famille en famille.
Une finition manuelle s’avérait souvent nécessaire pour éliminer toute trace de brindilles.

Calade antique ?

Dans le premier numéro de Mémoire d’Ouvèze, il y a 20 ans…, nous nous interrogions sur la découverte d’un chemin empierré de galets de rivière. Nous reproduisons l’article ci-dessous, accompagné du plan napoléonien et des photos réalisées lors des travaux de la RD5.

« Les prochaines rectifications de la D5 nous ont amenés à suivre l’ancien chemin de
Mollans à Entrechaux qui doit, l’espace de deux virages, retrouver son ancienne vocation.
Le quartier Saint-Pierre est bien connu pour ses anciens habitats et la proximité des futurs travaux nécessitait une surveillance bienveillante.»

Les Trace De L'ancien Chemin De Mollans à Entrechaux Pendant Les Travaux D'élargissement De La Route
Élargissement de la RD5 en amont du cabanon Chabert
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Cadastre 1834. © AD Drôme.

« Point d’indices archéologiques dans la proximité des arbres arrachés. Soulagement. Sur notre lancée nous avons prospecté tout le chemin jusqu’au Toulourenc.
Quelle n’a pas été notre surprise de découvrir, dégagée par les ravinements des pluies, une belle calade formée de galets de rivières parfaitement ordonnés, visible sur un mètre de large et s’étendant sur une dizaine de mètres en longueur. On la voit juste après le croisement avec le canal de l’Iscle du Vif qui s’enfonce par une voûte solide sous la route départementale.
Dès le premier abord on peut se laisser emporter par la conviction de la découverte d’une ancienne voie romaine – le quartier s’y prête – mais on revient rapidement à une hypothèse plus sage d’un empierrement XVIIIe voire XIXe car cette chaussée a été empruntée jusqu’à la construction de la route actuelle qui franchit la rivière sur un pont édifié au XIXe siècle.
Traces d’un autre temps, celui des chevaux, des charrettes et des diligences, à conserver du moins par la photographie, pour témoigner du savoir faire des anciens.»

Les Amis de Mollans : 50 ans d’activité

50 ans !  Cela méritait bien une rétrospective. C’est ce que les Amis de Mollans ont réalisé pour les Journées Européennes du Patrimoine les 21-22 septembre dernier en rappelant les différents volets de leurs actions : archives, patrimoine, éditions, visites, expositions, bibliothèque, photothèque et archéologie, tout cela exposé dans des photographies et une dizaine de roll-up.

Et un billet d’humeur…
Reste maintenant un gros point à résoudre pour les 50 années suivantes : qui pour prendre la suite ? Les candidats à l’action ne se sont pas encore manifestés et l’intérêt pour le patrimoine et les archives ne semble pas d’actualité. Il est vrai que cela demande pas mal d’investissement et de rigueur. de la curiosité pour la connaissance de son village : les Amis de Mollans ne sont pas un comité d’animation ! Les apéros sont choses rares, les ballades touristiques et ludiques inexistantes.
Et il y a tant de choses à faire : classer, conditionner, restaurer les archives anciennes, travailler et collaborer avec nos élus sur les dossiers de protection du patrimoine bâti, naturel, archéologique ou immatériel et enfin restituer au plus grand nombre par des expositions ou des publications.
Il serait dommage que nos archives rejoignent Valence (250 km aller-retour…), que les bâtiments et objets du patrimoine continuent de se dégrader, qu’une négligence coupable deviennent le standard d’une vie de futilités telle qu’on le ressent de plus en plus.

Conclusion : on recrute. Pas sérieux s’abstenir !

Parchemins et archives

Parchemins et archives restaurées

Pour les Journées Européennes du Patrimoine, les samedi et dimanche 21-22 septembre 2024, Les Amis de Mollans présentent aux Archives communales, les quatorze parchemins restaurés en 2023 ainsi que les archives anciennes en cours de traitement.
Ces travaux sont réalisés par la commune de Mollans, avec le concours du conseil général de la Drôme et avec l’aide de la Fondation du Crédit Agricole pays de France.

Les leçons de l’Histoire : Mollans, 15 septembre 1745

Ces deux derniers mois d’extrême sécheresse, similaires à ceux de 1992 ou de 1745, nous poussent à faire le rapprochement entre ces deux années d’historiques inondations et le mois de septembre qui commence. Météo France nous prédit, avec un indice de confiance toutefois faible, des pluies très abondantes. Nous ne serons pas oiseau de mauvais augure, mais…

Innondations Du 22 Septembre 1992 à Mollans

Rappelons simplement quelques crues qui ont marqué les siècles passés, telles que les mentionnent les archives.
Tout d’abord celle de 1507 au Buis et en février 1581 où « il a fallu employer 3 ou 4 fois les corvées » pour réparer les dégâts. Mais c’est la crue du 21 août 1616 qui causa entre autres de gros dégâts au parapet du pont romain de Vaison, comme celle de 1992 qui semble la plus notable. Celle de 1760 coûta 15.541 livres aux Mollanais avec 115 propriétaires touchés. 1863, c’est au tour du Toulourenc de déborder, au quartier du Sagnas, et de faire se déplacer, sans retour, un coin de Dauphiné vers le Comtat.
1616, 1745, 1863, 1992 : la définition de crues centennales touche au concret !

Que s’est-il passé le 15 septembre 1745 ?

Il pleut beaucoup au Buis : la commune dépensera 61.875 livres en réparations. Le comble est alors atteint à Mollans comme le note le curé Alexis Morenas dans les registres de catholicité de la paroisse, ce qui n’est pas un support ordinaire pour de telles notes, mais les événements consignés sont « dignes de mémoire perpétuelle » !
Lisons-le : « Ce quinze septembre mil sept cent quarante cinq à deux heures après minuit, en suite de quelques tonnerres peu bruiteux, survint une pluie des plus abondantes ; mais comme elle avait été précédée d’une sécheresse de quelques mois qui faisait craindre pour les récoltes encore pendantes, cette pluie nous réjouit d’abord, et nous porta à des remerciements envers Dieu auteur de tous biens : mais comme cette même pluie continua jusque sur le midi et même toujours plus forte accompagnée de plusieurs tonnerres consécutifs, nous commençâmes à en être effrayés d’autant que toutes nos rues étaient inondées et qu’il n’y avait aucune maison qu’on put garantir de l’influence des eaux des couverts et de ceux mêmes qui étaient tous neufs.
Cependant nos alarmes se dissipèrent vers le midi ! Mais ce fut pour bien peu de temps ; après un quart d’heure d’intervalle, la pluie recommença avec les tonnerres bien plus forts qu’auparavant. Les nuages affreusement épaissis ne laissaient guère de différences entre le jour et la nuit. Cette pluie dura jusqu’à trois heures et demie.
Pendant ce temps là, on vit descendre de nos montagnes une si grande quantité d’eau qu’elle faisait en plusieurs endroits d’espèces de rivières dont plusieurs creusées jusqu’à cinq à six pieds, et tout le reste se divisait en forme de petits sillons qui, emportant le suc des terres, laissaient les arbres tous décharnés et couvraient en certains endroits qui étaient un peu en plaine jusqu’aux pointes des sarments de nos vignes.
En même temps nous aperçûmes que notre rivière ne pouvant plus contenir dans son lit, s’extravasa de chaque coté des bas fonds de nos campagnes mais d’une façon si extraordinaire que les plus anciens du pays assurèrent que en 1684 où l’on avait vu une inondation jusqu’alors sans exemple, les eaux ne montèrent pas si haut à beaucoup près ajoutant qu’il s’en fallait d’environ vingt pas.
Toutes les fortifications qui étaient le long de la rivière ont été emportées, plusieurs fonds ont eu le même sort. Tous les jardins du faubourg ne sont plus qu’un tas de gravier et les plus hauts, dont les murailles ont toutes été renversées, sont couverts de limon. Les murailles du jardin de Monsieur Ginoux notaire ont été emportées et quantité de ruches à miel ; en dessous du pont, tous les jardins engloutis, le Grand Pré à Monsieur le marquis de Simiane qui est sur la droite de la rivière se trouve à moitié chargé de gravier, et tous ces mêmes côtés jusqu’au dessous de la chapelle de Saint-Marcel est ou chargé du gravier ou du limon. À la gauche la grande chaussée qui faisait tête à toute la Serre a été entièrement emportée, et, jusqu’à la grange du sieur Morenas,  ce n’est plus qu’un haut gravier où l’on ne voit plus que des arbres chaussés de broussailles jusqu’aux branches sans distinction de chaussées ni de canaux d’arrosage en sorte que tout ayant disparu aux arbres près on ne peut plus distinguer qu’à ces tristes signes les fonds des particuliers. En dessous de ladite grange il y a moins du dommage à la vérité, mais tout y est au moins chargé du limon qui perd non seulement la récolte pendante mais encore celle de l’année prochaine, étant impossible qu’à la première on puisse remettre ces fonds en état de pouvoir donner des fruits aux propriétaires eu égard aux ravines, aux crevasses, aux creux que toutes ces terres ont souffert et dont le dommage est à proprement parler inestimable ».

Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, ça ne vous rappelle rien ?
240 mm à Mollans, pluie continue et statique pendant trois heures, les escaliers de la mairie les pieds dans l’eau.
Photographies de M. Simonet.

Innondations Du 22 Septembre 1992 à Mollans
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Innondations Du 22 Septembre 1992 à Mollans
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Marque au pied des escaliers de la mairie montrant le niveau atteint par l'Ouvèze en 1992

22 août 1944 : quelques Mollanais au maquis *

En cette année 2024, quatre-vingtième anniversaire du Débarquement et de la Libération, nous souhaitions nous souvenir des Mollanais qui participèrent aux maquis et en particulier de leur action du 22 août 1944, quelque part entre Sault et Méthamis. C’est cette journée, qui a marqué à jamais leur mémoire, que je souhaite rappeler.

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Jean Nanton
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Robert Jacquet

En ce début d’année 1944, une poignée de jeunes Mollanais, réfractaires au STO, ont rejoint le maquis Ventoux dans la 2e compagnie du 1er régiment de Vaucluse, contactés par Albert Pantaly. Quelques autres rejoignaient un maquis F.T.P (Ramon Vilalta) ou le maquis Vasio (Raoul Montaud, Jean Cahen, Léopold Walter et Jean Tramontin).
Ils vont passer quelques mois de ferme en ferme, tout d’abord à Vercoiran puis à Autane. Début août, ils stationnent dans les environs de Sault, sur la route de Saint-Jean. Après le débarquement en Provence, le 15 août, les maquis vont perturber les mouvements et le reflux des troupes allemandes.
C’est ainsi que le 22 août, Jean Alea, Jean Nanton, Robert Jacquet, Pierre Charras, Jean et Pierre Veyrier, Gilbert Mouton, Henri Meffre, Meyer, les frères Monge et une dizaine d’autres dont les noms ont déserté la mémoire de nos anciens, se retrouvent au bord de la route de Sault à Méthamis en position d’embuscade. Les livres d’histoire n’ont retenu que l’engagement d’un groupe d’aviateurs à l’entrée de Sault. Nos Mollanais, en première ligne, venaient juste de rompre le combat, après une violente échauffourée face à une colonne allemande composée de deux chars Tigre et d’une trentaine de véhicules. Il est juste, en ce 80e anniversaire de la Libération de la France, de rappeler cet événement oublié.
C’est le témoignage de Jean Nanton et Robert Jacquet, enregistré en 1999, ainsi que celui de Jean Alea, enregistré en août 2004, que nous avons retranscrits. Nous les avons mêlés fictivement comme si les trois compères s’étaient retrouvés, un jour, autour d’un verre, pour nous raconter.

Au bord de la route…

10d 2551

J. ALEA (J. A.) : La veille, j’étais avec Giraud. On était restés là deux, trois jours. On avait coupé des buis, on en avait fait une paillasse et mis une couverture dessus, puis on couchait là. La veille, Giraud – c’était un type qui fumait un peu – d’une cigarette il allumait l’autre… J’étais juste après le virage, derrière mon petit mur. Il y en avait (des membres du groupe, NDLR) à la cime de la montagne ; il y avait Meyer et les deux frères Monge, qui étaient de Sainte-Jalle. Jean Nanton, il était un peu après moi. On était trois groupes de grenadiers. Dans le virage il y avait Begou avec le fusil-mitrailleur et Masson.
J. NANTON (J. N.) : Moi on m’avait mis, pour remplacer Jojo qui était malade, caporal-chef grenadier au bord de la route. J’étais pas charmé, mais enfin… Juste au bord de la route. Alors il passe deux types de la Résistance, habillés en résistants et les papiers en règle et un papier signé du père Beyne. C’est pas trop régulier ce que vous avez là. Oh ! Mais il m’a dit : si, c’est régulier. C’était signé du colonel Beyne. Alors j’ai appelé l’adjudant. L’adjudant, il m’a engueulé. Il m’a dit : alors tu sais pas lire.
Les autres, ils étaient contents ; …et lui les a laissés passer. Et que, guère après, il est arrivé René, le lieutenant René, avec son chauffeur, le fils Beyne, en moto, et qu’on lui a dit ça. Oh ! Nom de Dieu ! Il a dit. Je vais les rattraper. Oh ! Tè !
JFC : Vous pensez que c’est eux qui…
J. N. : Qui nous ont vendus. Ils allaient à la rencontre des Allemands.
R. JACQUET (R.J.). : Ils partaient en direction de Méthamis. 
J. A. : On en avait laissé descendre quatre ou cinq en vélo. Ils étaient tous en règle, bien entendu.
J. N. : Alors qu’on devait laisser monter personne… On devait laisser descendre des gens, mais monter personne.

Ils arrivent !

Jean Alea Au Cours D'un Entretien Chez Lui Le 18 Août 2004
Jean Aléa

J. A. : On était monté à la ferme pour se raser – ça devait faire trois ou quatre jours qu’on ne s’était pas rasés – C’est à 11 heures, 11 heures et demie qu’ils sont arrivés. Il y avait Jauffrey qui était en haut, et c’est Jauffrey qui nous a dit : ils montent ! Il en arrive ! Il a compté 40 véhicules. Il a dit : y en a encore derrière !

R. J. : On a vu arriver le convoi en haut, à la ferme de Saint-Hubert… Oh ! Oui. On a bien vu d’abord : c’était sûr qu’ils étaient prévenus parce qu’ils se sont arrêtés en haut du col et une auto-mitrailleuse s’est mise en batterie, là-haut, et un moment après le convoi est parti à la descente. Mais en même temps toute une équipe à pied a pris la crête et venait pour nous prendre par-derrière. C’est là qu’on a commencé à les laisser avancer. Ils ont commis une erreur tactique en laissant descendre le convoi par la route avant que la colonne à pied ne soit arrivée à notre hauteur. Tout de suite Pantaly m’a demandé de prévenir tout le monde de dégager, mais les Allemands arrivaient déjà en face.
J. A. : Entre les arbres je vois arriver « un affaire » plein de branches, et des bonshommes dessus. J’ai dit : celui-là de camion il va en faire un de soleil ! Parce qu’on avait des Gammon. Je dégoupille ma grenade, et quand il a été en face j’ai vu le canon. Oh ! c’est pas un camion ! Il était à peut-être vingt mètres. Je balance ma grenade et je me baisse derrière mon petit mur. Et en étant baissé je dégoupille la deuxième. Et allez, la deuxième ! Quand je me suis relevé il n’y avait ni branche ni bonhomme dessus. Et j’ai rien vu sur la route. Ces Gammon ça secoue. Et après, bien entendu, j’avais fait ce que je devais faire : j’ai filé. Mais les Allemands, ceux du deuxième char, ils sont venus. Quand ils m’ont vu partir, avec leur mitraillette… brrrrrr. Il y en avait sept ou huit : ils m’ont manqué ! Je faisais un peu comme les lapins. Je suis parti en montant. Et quand je suis arrivé presque à la cime…
J. N. : Au bout d’un moment on a entendu un bruit de moteur et un grincement de chenille. Quand il a sorti du virage avec toutes les branches dessus, ses soldats assis autour avec la mitraillette entre les jambes… Il me dit : Qu’est-ce que c’est ? Je lui dis : C’est un tank ! Eh ! bé, il m’a dit, on va toucher beau… Il nous a passés comme delà sur la route. On était guère relevés. Les soldats allemands étaient à portée de nous. Moi j’en ai balancé une, un moment après. Tu sais un char qui est comme d’ici au portail de ma voisine. Une grenade Gammon, tu l’envoies pas loin, parce qu’il faut pas qu’elle touche quelque chose. Sur tout ce qu’elle touche elle éclate…
R. J. : Moi j’étais en haut avec un FM. Quand j’ai entendu les premiers coups de feu vers la route j’ai balancé deux chargeurs en direction de ceux qui venaient à pied. Ils commençaient à tirer eux aussi. On a commencé à entendre siffler dans les oreilles. J’avais que deux chargeurs, il y avait le Jean Veyrier avec moi, qui était comme serveur ; il avait laissé la musette je sais pas où, avec les chargeurs… Moi j’en avais un dans la poche derrière et un sur le fusil-mitrailleur.

La mort d’Albert Giraud

J. A. : Giraud, il était avec moi. Quand Jauffrey a annoncé qu’il y avait les Allemands il était d’un énervement, Giraud. Je lui ai dit : lève-toi de là, tu vas tous nous faire tuer. Il voulait pas partir. À force de lui dire, il a filé. Moi aussi je suis parti et, à une vingtaine de mètres de la cime, je me suis retourné : Giraud, Nanton et le Pierre Charras. Tous les quatre là ! Ils nous avaient vus d’en bas. Et allez avec leur mitrailleuse lourde de char. On était couché derrière une touffe de chênes, des chênes qui étaient gros comme des bouteilles : pin, pin, pin les ballles ! Si on reste là il y a en une qui va nous empéguer.. Il fallait faire vingt mètres en plein découvert et après on passait par le bois. J’ai pris le fusil, j’ai pas mis longtemps pour traverser. Le Pierre Charras a fait pareil. Et Giraud est parti en troisième. Et c’est là comme il arrivait au bois qu’il a été tué. Et Nanton il a pas bougé quand il a vu ça. Il est allé voir après. Il y a que lui qui savait que Giraud était mort.
J. N. : J’ai tiré après que Giraud ait été tué. Je me suis trouvé en dessus de la route, et je voulais monter, passer près de la ferme où des fois on allait chercher un peu du vin…
R. J. : Ou casser la croûte… La ferme à Simon.
J. N. : Et quand je suis été à mi-chemin – c’était un ancien champ de blé – j’ai vu courir des soldats allemands et installer une mitrailleuse à l’angle de la ferme. Alors j’ai obliqué sur la gauche et je suis descendu, pas par le bord de la route parce qu’il fallait pas être au bord de la route : il y en avait de partout. C’est là que j’ai reçu un éclat d’obus de mortier à l’arcade sourcilière.
R. J. : Tu es revenu alors par la route de Sault ?
J. N. : Je suis allé traverser le ravin de l’autre côté de là où on était pour aller au croisement. J’ai dit peut-être tu retrouveras les autres ? Il y avait plus personne. Alors j’ai dit qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas, tu vas… D’abord premièrement ma première idée : regarder le Ventoux. J’ai dit : tu as à peu près pour manger puis pour te couvrir ; tu vas traverser le Ventoux, tu vas à Mollans.
R. J. : Nous on est parti de l’autre côté, là-haut. On a passé le sommet puis on est redescendu dans le vallon où il y avait la ferme, on a traversé un champ de lavande…
J. N. : Ah ! oui, le fameux champ de lavande…
R. J. : Ah ! pauvre…
J. N. : Moi je l’avais évité…
R. J. : Ils nous tiraient dessus, je ne sais pas comment on est arrivé au bout. Tu  sais qu’on a fait un cent mètres que… On a dû battre des records.
J. N. : J’ai attendu un moment, tu vois, quand Giraud a été tué. J’ai attendu un moment : il faut bien savoir s’il est mort, si vraiment il est mort ; il était à côté de moi.

Le repli

J. A. : Moi j’avais mon plan. J’ai filé en direction du croisement de la route qui menait à Méthamis et celle qui allait à Javon. Et après tu files vers le Ventoux. Si tu peux arriver à Sault avant les Allemands… Quand je suis arrivé dans Sault les Allemands étaient sur le pont là-bas dessous. Entre Sault et là où on était il y avait encore un barrage d’aviateurs. Là ça a duré maï un moment. Après je suis parti vers Ferrassières et de là à Séderon.
JFC : Si j’ai bien compris, il y avait deux groupes ?
R. J. : C’était le même groupe qui était échelonné…
J. N. : Réparti… Il y avait deux fusils-mitrailleurs et deux mitrailleuses.
JFC (à R.J.) : Vous, vous aviez un fusil-mitrailleur…
J. N. : Et l’autre qui c’était ?
R. J. : Je ne me rappelle plus…
J. N. : Le gendarme, ah ! nom de nom… Béroud ! Béroud, il avait avec lui le cousin de Colin, le maçon, tu te rappelles, le maçon et le maire de Chauvac actuellement, Samuel, le cousin de Pantaly. Il avait ces deux gars avec lui, il était chef de poste pour ainsi dire… Mais c’est lui qui a tiré ; il a dit : « Quand les Allemands arrivent : laissez-moi faire. En 39, en Ubaye, là-haut, j’en ai assaisonné quelques- uns comme ça. Je sais m’en servir de ça! »
JFC : Et les mitrailleuses, qui les servait ?
J. N. : Eh bé ! Meyer, il en avait une. Et l’autre, je sais pas qui c’était… Aquadro, Aquadro de Sainte-Jalle.

JFC : À la suite de ça vous vous êtes repliés et vous avez regagné…
J. N. : Sault. Vous avez regagné Sault vous autres, directement ?
R. J. : Non, on est allé sur Banon et à Sault le lendemain. Quelques jours après, nous avons rejoint les autres unités en Avignon et nous avons participé au défilé dans la ville libérée.

Defil& 1
Le défilé des combattants du maquis Ventoux, sur la place de l’Horloge en Avignon en septembre 1944. Coll. Jacquet.
Déco Alea
Jean Aléa (de dos, à gauche) est décoré de la Croix de Guerre, avec d’autres compagnons sous le regard de Jean Garcin (colonel Bayard, à gauche) et du colonel Beyne (il porte un calot). Coll. Alea.
Giraud 1
Les compagnons du maquis Ventoux (noms soulignés) posent la stèle. De gauche à droite, en haut : Gabriel Roux, Jean Tyrand, Albert Pantaly ; en bas : Gilbert Mouton, Robert Jacquet, René Meyer . Coll. Jacquet.
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Jean Nanton et Robert Jacquet devant la stèle d'Albert Giraud.